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L’ikurriña du derby de 76 : un symbole qui revient à San Mamés avec Iribar et Kortabarria

Il y a des moments dans l’histoire du football qui dépassent les limites du terrain pour s’ancrer définitivement dans la mémoire collective de tout un peuple. L’un des plus marquants et inoubliables s’est produit le 5 décembre 1976 à l’ancien stade Atocha, lorsque les capitaines de l’Athletic Club et de la Real Sociedad sont entrés sur la pelouse à la tête de leurs équipes en brandissant ensemble un drapeau qui, à l’époque, était encore illégal. 

Ce derby de 1976 est resté gravé à jamais dans l’imaginaire basque, non pas pour son résultat sportif, mais pour le défi courageux et la fraternité dont ont fait preuve les deux équipes. Près de cinq décennies plus tard, la mythique ikurriña qui avait marqué ce moment historique a fait son retour en grande pompe au nouveau stade de San Mamés, portée une nouvelle fois par les deux légendes qui l’avaient brandie cet après-midi d’hiver : l’éternel José Ángel Iribar et le « txuri-urdin » Inaxio Kortabarria.

Le derby de 1976 : à l’origine d’un geste historique dans le football basque

Les coulisses de cet après-midi de décembre sont marquées par la tension et le secret. L’idée initiale est née dans les vestiaires de la Real Sociedad à l’initiative du joueur Josean de la Hoz Uranga, dont la sœur avait confectionné le drapeau clandestinement chez elle, à Getaria. Le jour du match, le footballeur a réussi à déjouer un contrôle de la Garde civile sur la route et, une fois arrivé au stade d’Atocha, il a fait passer en cachette l’étendard interdit par une fenêtre donnant directement sur les vestiaires. 

L’ikurriña est restée cachée dans le sac contenant les éponges et l’eau des masseurs jusqu’à la dernière seconde avant d’entrer sur le terrain. En sortant du tunnel, les deux équipes ont avancé ensemble en file indienne — un geste inhabituel pour l’époque —, rompant ainsi avec les protocoles et surprenant les autorités présentes.

Iribar et Kortabarria : deux capitaines unis par un symbole commun

Le poids de mener ce défi politique et social reposait sur les épaules de deux hommes qui incarnaient la splendeur et la noblesse du football basque. Le gardien de but de l’Athletic Club, José Ángel Iribar, et le défenseur de la Real Sociedad, Inaxio Kortabarria, ont assumé cette responsabilité avec une force d’âme admirable. Au moment où De la Hoz Uranga a bondi sur la pelouse depuis les tribunes pour leur remettre le drapeau tricolore, les deux capitaines l’ont déployé avec fermeté et ont marché en le tenant par les extrémités jusqu’au cercle central du terrain. 

Cette image d’unité entre le gardien rouge et blanc et le défenseur de Saint-Sébastien a figé le temps dans l’enceinte de Guipuzkoa, transformant leur rivalité sportive inévitable en une alliance inébranlable qui symbolisait l’aspiration à la liberté de toute une société.

L’ikurriña dans le football : d’un geste symbolique à une icône collective

Ce qui avait commencé comme une action audacieuse et semi-clandestine sur un terrain de football a fini par accélérer les processus de normalisation politique dans les rues. L’ovation retentissante et les larmes des milliers de supporters qui bondaient les tribunes d’Atocha ont démontré que le football pouvait agir comme un catalyseur social de premier ordre

Ce geste pionnier des deux clubs les plus emblématiques de Biscaye et de Guipúzcoa a transformé l’étendard en une icône collective de concorde, ouvrant la voie à la légalisation définitive de l’ikurriña quelques mois plus tard, en janvier 1977. Les terrains de football du Pays basque se sont depuis lors imposés comme des espaces de libre expression et d’affirmation de la culture locale, démontrant que l’identité se défend mieux lorsqu’elle s’appuie sur le respect mutuel.

Le retour à San Mamés : mémoire, émotion et actualité

Près de cinquante ans après cet exploit, la bannière originale a fait son retour sur la pelouse dans une ambiance empreinte de mysticisme et de solennité lors du spectacle « Mitoaroa III » du groupe Zetak. Le leader du projet, Pello Reparaz, a conçu cette soirée comme une profonde revendication musicale et culturelle, fusionnant les sons électroniques avec la riche tradition du folk basque. 

Le point culminant de la soirée a été atteint lorsqu’Iribar et Kortabarria ont de nouveau traversé une passerelle en forme de croix au-dessus du terrain, encadrés par le contraste visuel imposant et ancestral des « momotxos » d’Altsasua avec leurs masques à cornes. Le rugissement des milliers de personnes qui remplissaient le stade a mis en scène un relais générationnel parfait, où les petits-enfants ont applaudi le courage de ces grands-parents qui, en 1976, ont risqué leur liberté pour défendre un sentiment partagé. 

Un parcours historique marqué par la fidélité et la mémoire que les supporters peuvent désormais commémorer en visitant les collections de l’AC Museoa, où sont conservés les grands moments de l’identité rouge et blanche.